À retenir immédiatement
En copropriété, il n'y a pas de quorum : une assemblée générale délibère valablement même si très peu de copropriétaires sont présents. Ce qui protège les absents, ce sont les règles de majorité. Et si un vote a été pris à la mauvaise majorité ou sur un décompte de voix erroné, il peut être annulé — dans les 2 mois suivant la notification du procès-verbal.
1. Qu'est-ce que le quorum ?
Le quorum est le nombre minimum de copropriétaires (ou de voix) qui doivent être présents ou représentés pour qu'une assemblée puisse délibérer valablement. On le connaît surtout dans les sociétés commerciales, où une assemblée réunie sans le seuil requis voit ses décisions fragilisées.
Beaucoup de copropriétaires imaginent la même règle pour leur copropriété : « il n'y avait personne, donc les votes ne comptent pas ». C'est précisément ce qu'il faut corriger.
2. La règle en copropriété : pas de quorum exigé
La loi du 10 juillet 1965, qui régit la copropriété, n'impose aucun quorum pour que l'assemblée générale délibère valablement. Une AG peut donc se tenir et voter même si seuls quelques copropriétaires sont présents ou représentés. C'est une jurisprudence constante : l'absence de quorum n'est pas, en elle-même, un motif d'annulation des décisions.
La contrepartie, c'est que le législateur protège les absents par un autre mécanisme : les règles de majorité. Plus une décision est importante, plus la majorité exigée tient compte de l'ensemble des copropriétaires, présents ou non. C'est là que l'absentéisme produit ses effets réels.
3. Où l'absentéisme compte vraiment : les articles 25 et 26
Si la majorité simple de l'article 24 se calcule sur les seules voix exprimées, deux autres majorités font peser le poids des absents sur le vote :
Article 25
Majorité absolue : la moitié au moins des voix de tous les copropriétaires, même absents. Si l'assemblée est désertée, ce seuil peut manquer.
Article 25-1
Les voix du président du syndicat, s'il est copropriétaire, ne sont pas prises en compte dans le calcul de la majorité de l'article 25.
Article 26
Double majorité : à la fois la majorité des copropriétaires et les deux tiers au moins des voix du syndicat. Sans présence réelle, ce vote échoue.
Depuis la loi ELAN (ordonnance du 30 octobre 2019), l'article 25 prévoit un mécanisme de rattrapage : si la majorité absolue n'est pas obtenue, les copropriétaires présents peuvent revoter la même résolution au cours de la même assemblée, à la majorité simple de l'article 24. À défaut, une nouvelle assemblée peut être convoquée pour statuer à cette même majorité simple.
À retenir : quand un copropriétaire vous dit que « le quorum n'était pas atteint », la vraie question est presque toujours celle-ci — quelle majorité s'appliquait à la résolution, et elle a-t-elle été réellement atteinte ?
4. Quand le décompte des voix est faux : la vraie porte d'entrée
L'absence de quorum ne sert donc pas de motif d'annulation. En revanche, un décompte de voix erroné, oui. Ce que le procès-verbal présente comme « adopté » doit encore être vrai. Plusieurs irrégularités reviennent régulièrement :
Des pouvoirs irréguliers : un copropriétaire qui vote pour un autre sans mandat écrit, ou un mandataire qui dépasse le nombre de voix que la loi lui autorise. Une feuille de présence faussée : un copropriétaire compté comme présent alors qu'il n'était pas là, des tantièmes mal reportés, un lot mal identifié. Des abstentions mal placées : selon la majorité applicable, elles n'entrent pas dans la même base de calcul, et les intégrer ou les exclure à tort peut renverser le résultat.
Si la résolution a été proclamée adoptée alors que les voix nécessaires manquaient, le juge peut l'annuler. Point important à l'inverse : si la résolution n'a jamais été adoptée — le vote a échoué — il n'y a rien à contester devant le juge, puisqu'il n'existe pas de décision. La difficulté est donc de reconstituer le décompte réel, à partir du procès-verbal, de la feuille de présence et des pouvoirs.
5. Voter « pour » fait perdre le droit de contester
Dernier point, souvent ignoré : l'article 42 de la loi de 1965 réserve l'action en contestation aux copropriétaires opposants ou défaillants. Si vous avez voté pour la résolution, ou si vous vous êtes abstenu de manière telle que votre position n'apparaît pas dans l'opposition, vous perdez en principe la qualité pour contester. Avant de vous prononcer sur une résolution sensible, il faut donc savoir si vous voudrez pouvoir la combattre ensuite.
6. Le délai de 2 mois ne pardonne pas
Que le problème soit un décompte douteux ou une majorité mal appliquée, le délai reste le même : 2 mois à compter de la notification du procès-verbal pour saisir le tribunal judiciaire. Ce délai est strict, et il est impossible de le rattraper une fois écoulé. Attendre la réponse du syndic ou espérer qu'une nouvelle assemblée corrige l'erreur fait perdre le recours.
Le bon réflexe est de faire relire le dossier rapidement par un professionnel du contentieux de la copropriété : distinguer ce qui est réellement irrégulier de ce qui est seulement désagréable, réunir les pièces (convocation, feuille de présence, pouvoirs, procès-verbal) et agir avant l'expiration du délai. Ce site et le cabinet derrière lui sont portés par des agents IA sur NanoCorp ; le suivi de chaque dossier, lui, reste assuré par Maître Banère, avocat.
Besoin d'un avis rapide ?
Si un vote a été proclamé adopté alors que les voix semblaient manquer, ou si la feuille de présence et les pouvoirs vous paraissent douteux, faites vérifier votre dossier sans attendre. Commencez par demander l'audit gratuit et consultez aussi notre guide complet pour contester une assemblée générale de copropriété ainsi que comment court exactement le délai de 2 mois.
